Greg Wilson
Au début des années 80, Greg Wilson est l’un des rares DJ’s anglais à passer de la musique noire dans des clubs rock. Il diffuse aussi les premiers disques électro produits à New York. Puis il abandonne le deejaying pendant 20 ans avant de revenir en 2003, fasciné par les possibilités du Net et célébré par une nouvelle génération accro à ses edits.
Entretien avec un pionnier de la vague disco actuelle, respecté par tous.
Propos recueillis par Marc Arlin
www.electrofunkroots.co.uk
Tu es né en 1960. Quelle musique écoutais-tu en grandissant ?
Greg Wilson : Principalement de la musique noire : soul, funk puis disco à partir de 1975. C’est aussi à ce moment-là que j’ai commencé le deejaying.
J’avais 15 ans, j’étais encore à l’école. J’avais un ami qui avait une disco mobile et il animait les mariages, les anniversaires… Quand il a acheté une
nouvelle table de mixage, il m’a donné son ancienne et j’en ai profité pour m’entraîner avec. Un soir, il m’a demandé si je pouvais le remplacer dans
un bar où il jouait. Je me suis bien débrouillé et il m’a proposé de partager la résidence. Je n’ai pas dit aux propriétaires du club quel âge j’avais (rires).
Quand ils l’ont appris, ils m’ont laissé continuer tant que je ne buvais pas d’alcool.
De quelle façon te fournissais-tu en disques ?
Greg Wilson : A partir de l’âge de 11 ans, j’ai commencé à collectionner les disques. Auparavant, j’écoutais les vinyles de ma soeur et de mon grand
frère : ils avaient beaucoup de Stax, de Motown… Ensuite, tout mon argent de poche y passait. J’achetais les disques en fonction du public devant lequel j’allais jouer, mais toujours beaucoup de musique noire.
Après plusieurs années dans différents clubs, tu t’es posé au Wigan Pier, une boîte de Manchester…
Greg Wilson : Oui c’était en 1980. Je jouais principalement dans les clubs de ma ville, New Brighton, près de Liverpool. Quand j’ai eu l’opportunité de jouer au Wigan Pier, c’était l’occasion de découvrir Manchester et de quitter
ma petite ville. Le Wigan Pier venait d’ouvrir et avait un soundsystem vraiment performant, ce qui était nouveau à l’époque en Angleterre. C’était une boîte
plutôt disco, j’y jouais 4 soirs par semaine. Parallèlement, je jouais au Legend, un autre club de Manchester, les mercredis. Je suis devenu un DJ à temps plein, spécialiste de la musique noire.
Tu as aussi été l’un des premiers DJ’s anglais
à passer les premiers disques électro et électro funk…
Greg Wilson : Le Wigan Pier était un club d’avant-garde : cette musique new-yorkaise comme Peach Boys ou Afrika Bambaataa n’était pas encore
jouée en Angleterre, ou très peu. Pourtant, cela me semblait naturel de jouer ces disques dans une soirée funk ou disco.
Peu de gens le savent mais tu as été le premier DJ dance de l’Hacienda…
Greg Wilson : Quand il a ouvert, l’Hacienda était principalement un club indie et rock. Le public qui venait au Legend par exemple n’aurait jamais mis les pieds à l’Hacienda : trop rock, trop blanc. Il n’y avait aucune mixité au début.
J’ai commencé les soirées dance le vendredi et ce fut difficile au début. Les gens pour qui j’avais l’habitude de jouer au Legend ou au Wigan Pier ne voulaient pas venir à l’Hacienda et le public classique de l’Hacienda détestait ce que
je jouais. Peu à peu, les gens commençaient à s’intéresser à la dance music et quand la house est arrivée, l’Hacienda était devenu un club de référence.
Pourquoi as-tu décidé d’arrêter de mixer, en 1984 ?
Greg Wilson : L’impression d’avoir fait le tour, de perdre la fraîcheur. Je me suis essayé à la production de groupes. Je ne gagnais pas autant d’argent mais je profitais de mon temps libre pour vivre mieux. Quand j’achetais des disques,
je ne pensais pas systématiquement au dancefloor. Finalement, j’y ai repris goût à partir de 2002/2003. J’ai commencé mon site electrofunkroots.co.uk
pour parler de la scène électro et funk du début des années 80 et utiliser mes archives. Parallèlement, je recevais de plus en plus de messages de jeunes
producteurs qui me parlaient de cette époque mythique pour eux. Alors j’ai lancé la série des Credit To The Edit sur Tirk Records, pour faire revivre le son de cette période.
Que penses-tu de la nouvelle génération de producteurs qui enchaînent les edits ?
Greg Wilson : Certains sont très talentueux. Ce qui est intéressant, c’est qu’il s’agit d’un phénomène international : il y a Prins Thomas et Todd Terje
en Norvège, Pilooski en France, des producteurs en Espagne, au Portugal…
Ils respectent vraiment les morceaux qu’ils éditent.
Existe-t-il une recette pour faire un bon edit ?
Greg Wilson : Oh non, ce serait une erreur de croire cela. Parfois, il suffit juste de rallonger l’intro et tu obtiens un edit parfait. Il faut juste ne pas trop en
faire, ne pas rajouter trop d’effets. Et puis il ne faut jamais oublier que les edits sont créés pour être joués en club.
Tu joues le 12 décembre au Social Club. C’est déjà ta troisième fois chez nous. Que peut-on attendre cette fois-ci ?
Greg Wilson : La dernière fois, j’avais joué des morceaux assez lents et ça avait
bien plu au public du Social Club. Pourtant, on m’a dit que ce n’était pas trop l’habitude du club (rires). Ca montre que les gens sont suffisamment ouverts
musicalement. Du coup, j’ai hâte de revenir. Je ne prépare pas trop mon set à l’avance car j’aime réagir en fonction du public et de mon humeur. La seule chose sûre avec moi, c’est qu’il y a toujours des références à la musique des années 70 et début 80.
Quels sont tes prochains projets ?
Greg Wilson : En novembre sort la nouvelle série des Credit To The Edit, toujours sur Tirk : un mélange de classiques comme Roxy Music
ou Klein & MBO et de titres récents.
www.electrofunkroots.co.uk