Tim Sweeney

Si vous êtes fan du son DFA, vous connaissez déjà Tim Sweeney, la tête et les mains au mix de plusieurs compilations maison et grand ami de Tim Goldsworthy, co-fondateur du label new-yorkais avec James Murphy. Si vous ne connaissez pas sa radio en ligne, Beats In Space, le rendez-vous de tous les chasseurs de nouvelles perles ou de pépites enfouies, c’est le moment d’y aller. Car Beats in Space a maintenant dix ans et Tim Sweeney vient fêter ça au Social Club le 16 janvier. Propos recueillis par oldboy

En préparant ces questions, je réécoutais ton mix spécial Balihu records sorti pour fêter la dernière compilation du label de Daniel Wang : est-ce que ce ne sont pas des artistes comme lui, ou Morgan Geist, ou Darshan Jesrani aussi, qui ont sauvé l’héritage de la disco underground avant qu’elle ne revienne très à la mode ?
Tim Sweeney : C’est sûr que ces gars étaient là-dedans quand personne d’autre qu’eux ne trouvait ça cool. Ils ont su garder la flamme allumée uniquement par amour de cette musique. Si seulement ils pouvaient être plus reconnus pour ce rôle qu’ils ont su tenir… Le chemin que les choses prennent est parfois sinueux.

Est-ce que le retour aux racines de la célèbre ébullition new-yorkaise du tournant des années 70, 80 conduit par DFA, explique le succès quasi-immédiat du label ?
Tim Sweeney : Je crois que c’est sous cet angle que les gens adorent expliquer ce succès, parce que la légende de New York à l’étranger a beaucoup à voir avec l’histoire musicale de la ville, mais en ce qui concerne DFA, il y a une autre explication. C’est qu’ils ont été capables de construire un pont par-dessus le fossé qui séparait la scène dance et la scène rock indé. Quand les gamins indie rock ont commencé à trouver que c’était cool de sortir pour aller danser sur de la musique électronique, c’est à ce moment-là que les choses ont commencé à démarrer pour le label. Si tu veux replacer ça dans le contexte de l’histoire new-yorkaise, cela s’était déjà produit au début des années 80 quand on a vu des ados punk et hip hop se côtoyer dans les mêmes clubs, croisement dont Blondie se mettant à travailler avec Fab Five Freddy est un des résultats célèbres. C’est dans ce genre de croisements que l’on trouve les raisons réelles d’une explosion.

Comment expliques-tu justement cette passion à l’étranger pour cette histoire, tous ces gens qui ne jurent que par ces années de gloire du Lower East Side et qui ne s’intéressent pas à ce qui se passe aujourd’hui ?
Tim Sweeney : Peut-être tout simplement parce qu’on est submergé par tout ce qui sort. C’est plus facile pour certains de se concentrer sur un segment de l’histoire musicale, de s’y plonger vraiment plutôt que de tenter de trouver ce qui pourrait les intéresser parmi les nouveautés.

N’est-ce pas aussi le mauvais côté des adorateurs un peu obsessionnels, cette sorte de fétichisme qui les enferme dans leur adoration ?
Tim Sweeney : Ce n’est pas vraiment un problème : il y a tellement de musiques aujourd’hui, qu’on a aussi besoin de ceux qui restent sur une période et un certain genre parce qu’ils sont bien les seuls à pouvoir retrouver des trésors oubliés ! Cela peut devenir un souci quand se produit ce qui est arrivé à la scène Northern Soul : plus un seul artiste ne sortait ce que cette scène anglaise exigeait absolument et ses DJ’s se tuaient à ne trouver que des disques introuvables. Mais pour moi, qui ai un besoin maladif de découvertes, qu’elles soient récentes ou pas ne change rien. Même si parfois, on peut préférer les nouveautés parce qu’avec elles, on peut se sentir plus concerné, en suivant le travail du groupe ou du producteur, ou en les voyant sur scène.

Pour toi qui viens de Baltimore, New York est-elle la seule ville américaine où il est possible de faire son chemin sur le terrain des musiques électroniques ?
Tim Sweeney : Parfois j’ai l’impression que cette attention de l’étranger peut devenir un poil exagéré, surtout qu’il y a d’autres villes où se passent beaucoup plus de choses qu’ici, sauf que New York a une telle histoire, il y a tellement de musiciens qui vivent ici, que ça en devient difficile de regarder ce qu’il se passe ailleurs. Le problème actuel de New York c’est que nous avons les gens qu’il faut (DFA, Italians Do It Better, Whatever We Want Records, Rub N Tug, Lee Douglas, Lovefingers, Brennan Green etc.) mais pas les lieux qui vont avec, qu’on avait avant. Il n’y a plus de lieux du tout même ! Chaque semaine, je reçois des tonnes de mails de gens venant ici et qui veulent savoir où aller pour tâter un peu de cette fameuse vie nocturne dont ils ont une idée fantasmée… si seulement je savais quoi leur dire !

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